• Charlotte Koot

Témoignage d'Ingrid

Ingrid nous raconte son parcours pour devenir maman. Après plusieurs années d'essais, le verdict tombe, elle doit faire une FIV. C'est au quatrième transfert d'embryons que son petit miracle s'est installé. Elle est aujourd'hui maman d'une merveilleuse petite fille.



"À vrai dire, je n’avais pas vraiment la fibre maternelle avant de partir une année comme fille au pair. J’ai eu la chance de m’occuper de jumeaux fille/garçon, qui sont nés quelques semaines après mon arrivée, et de leur grand frère de 3 ans, un petit bonhomme plein de vie et très attachant.


J’ai tout de suite été mise dans le bain. Parents peu présents et pas très impliqués, j’ai dû veiller de jour comme de nuit sur ces trois – tout petits – loustics. BOUM ! Comme ça, du jour au lendemain, me voilà presque « maman » de 3 enfants, à seulement 18 ans. Quelle folle expérience, mais ô combien enrichissante.


Après plusieurs mois, il est temps pour moi de rentrer à la maison. Ouch… Mon cœur saigne, il est en miettes… Je dois dire au revoir et abandonner ces 3 formidables petits êtres que j’ai dorlotés et accompagnés tout ce temps comme s’ils étaient miens. La relation est tendue avec les parents, je sais que je ne les reverrai plus et que je n’aurai plus de leurs nouvelles. Qui va s’occuper d’eux maintenant ? Leurs parents vont-ils enfin jouer leur rôle ? Seront-ils heureux ? Deviendront-ils de bonnes personnes ? Je ne le saurai jamais.


Les premières semaines sont difficiles. Je m’endors en pensant à eux, parfois (souvent) la larme à l’œil tant ils me manquent. Avec le temps, je reprends le cours de ma vie, je prends du recul, mais une chose est sûre, c’est que cette expérience m’a transformée de l’intérieur. Je n’ai alors pas 20 ans et j’ai pourtant terriblement envie d’un enfant.


Le temps passe, je souffle ma 21e bougie. C’est à ce moment que je rencontre le futur homme de ma vie, de 6 ans mon aîné. On s’installe assez rapidement ensemble, mais pas question de faire des projets. Il me reste 4 années d’études à accomplir, je dois me concentrer là-dessus. Mais à 23 ans, cette envie d’enfant se réveille en force. Je me dis « Bon, allez, j’ai déjà un premier diplôme en poche, si je tombe enceinte maintenant, ma vie ne sera pas fichue. Je saurai rebondir ».


J’arrête donc ma pilule et puis… rien. Pendant des mois, des années, rien ne se passe. On ne s’affole pas plus que ça au départ. Comme je suis encore aux études, on se dit que c’est un signe, qu’il faut que j’aille au bout de ce que j’ai entrepris. Donc, on essaie sans se mettre la pression et on attend.


… On attend tellement que, finalement, je termine mes études, je trouve un travail, on se marie, on achète une maison… et toujours rien ne se passe. On a bien eu quelques faux espoirs, mon cycle étant plus long certains mois. À chaque fois ça a été une immense déception et une grande tristesse. Bref. Nous voilà donc quatre années plus tard, en 2017, j’ai alors 27 ans. Je décide de prendre le taureau par les cornes et d’en parler à ma gynécologue qui m’oriente vers un spécialiste en fertilité. Je passe plusieurs examens plus ou moins désagréables. « Tout va bien, tout est normal ». Heu… merci, mais il est où le problème alors ? Pourquoi je ne tombe pas enceinte ?


Le spécialiste se penche alors sur le cas de mon mari. À son tour de passer des examens. Et là, verdict : le spermogramme n’est pas très réjouissant. Il a tout ce qu’il faut, mais les spermatozoïdes ne sont pas très vifs et peu nombreux (la quantité normale divisée par 100 millions). En gros, pour reprendre les mots du médecin : « Sans aide, vous avez plus de chance de gagner à l’Euro Millions que de tomber enceinte ».


Mon mari s’en veut, il culpabilise. Tout ce temps, c’était de « sa faute ». Il me propose même de le quitter et de trouver un autre père pour mes futurs enfants. Non mais oh… ça ne va pas la tête ? Ce n’est en aucun cas de sa faute, il ne l’a pas décidé ainsi. Pourquoi devrais-je lui en vouloir ? Il n’y a aucune raison. Quoi qu’il arrive, on va se battre ensemble.


De mon côté, je suis plus sereine. Je suis même presque rassurée qu’on ait trouvé la « cause » de cette attente interminable. On va pouvoir faire ce qu’il faut et ce qu’il nous faut, c’est une FIV ICSI. Cela implique que, même si le « problème » ne se situe pas de mon côté, c’est tout de même moi qui vais devoir subir tous les traitements et les examens. Qu’à cela ne tienne. Une fois que qu’on met le doigt dans l’engrenage, on fonce tête baissée, sans penser à la douleur ou à l’inconfort. On sait pourquoi on fait tout ça, le jeu en vaut tellement la chandelle.


On entame donc les démarches administratives et médicales : séances d’information, rendez-vous chez le psychologue, une bonne dose de médicaments, des injections journalières, des contrôles gynéco trois fois par semaine pour vérifier la bonne production d’ovocytes ainsi que leur taille. Quand ils sont « à maturité » vient alors le moment de leur ponction qui nécessite une hospitalisation de jour.


Aïe… Au réveil, c’est douloureux quand même. Presque 3h passées en salle d’opération car il y avait beaucoup d’ovocytes à prélever (ce qui est une très bonne chose) ! D’après mon mari, l’anesthésiste a même gentiment enguirlandé le gynécologue, car ça durait beaucoup plus longtemps que prévu et qu’il commençait à manquer de produit. J’ai même ronflé parait-il, ce qui l’a évidemment bien fait rigoler… Mais bon, revenons à nos moutons : 17 ovocytes prélevés tout de même. Waw !


Plusieurs jours plus tard, je reçois un appel de l’hôpital. Sur les 17 ovocytes, 14 étaient assez beaux pour être fécondés et accueillir un spermatozoïde. Sur ces 14 ovocytes, 8 ont bien «pris».


Premier transfert embryonnaire en février 2018 : 1 bel embryon de 10 cellules

Nous sommes remplis d’espoir. Mon corps semble apte à accueillir un beau bébé. Lors du transfert, on m’a même dit à quel point mon utérus était parfait. On est vraiment tout excités, c’est sûr ça va marcher !


12 jours plus tard, c’est le jour de la prise de sang tant attendue. L’après-midi même, le téléphone sonne. Je décroche pleine d’espoir et d’angoisse en même temps. Ça n’a pas marché. Je ne suis pas enceinte. Ouch… C’est dur. Ça fait mal. Je pleure un bon coup. J’essaie de relativiser en me disant que ça ne peut pas toujours marcher du premier coup. La prochaine fois sera la bonne, on y croit !


Deuxième essai en mars 2018 : 1 embryon de 8 cellules « tout frais »

L’embryon qu’on devait m’implanter n’a pas survécu à la décongélation, donc ils en ont sorti un autre qui terminera sa décongélation dans mon corps. Bon… je suppose qu’ils savent ce qu’ils font.


En attendant la prise de sang, j’ai mal aux seins, au bas du ventre, j’ai même parfois la nausée. Haha ! Y’a pas de doute, cette fois, c’est la bonne ! Je trépigne, je suis sur un nuage.

Prise de sang : négative. Quoi ? Non ? C’est pas possible… Je m’effondre. Je mets des jours à m’en remettre et à retrouver un semblant d’espoir.


Troisième essai en avril 2018 : 2 embryons (6 et 8 cellules)

Cette fois, on met plus de chances de notre côté. On transfère directement deux embryons. Il y en a bien un des deux qui va s’accrocher… Je respecte scrupuleusement les consignes. Je reste bien tranquille pendant 4 jours et j’évite tout effort pour ne pas bousculer « mes bébés » (comme je les appelais) et les aider à s’accrocher.


Prise de sang : échec. […] Je suis brisée. Inconsolable. Jamais de toute ma vie je n’ai été malheureuse à ce point. J’ai l’impression d’être morte de l’intérieur. Je ne goûte plus à rien. Je ne suis plus qu’une âme en peine. Mon visage est le reflet de mon désespoir et de mon infinie tristesse. Mes yeux pleurent. Toutes seules, les larmes coulent, à longueur de journée, sans jamais s’arrêter. Je suis totalement absente, enfermée dans mes pensées, mes doutes et ma peine. Personne ne peut comprendre ce que je ressens. Aucun mot, aucune parole ne peut apaiser ma douleur.


Chaque échec est plus difficile à encaisser que le précédent. Le plus dur, c’est de n’avoir aucune certitude qu’un jour ça finira par marcher. Alors quand les échecs s’accumulent, on sombre dans le désespoir, on est hantées par ces questions : « pourrais-je un jour porter la vie ? », « aurais-je un jour le bonheur d’être mère ? », « qu’ai-je fait pour ne pas avoir droit au bonheur ? ».


Après chaque échec, on essaie tant bien que mal de rassembler nos forces et le peu d’espoir qu’il nous reste… jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus. C’est dans cet état d’esprit que je me suis rendue à l’hôpital pour le 4e essai. Moralement, nerveusement, je n’en pouvais plus. Si ça ne fonctionnait pas cette fois, on ferait une pause. C’était vital, car je me sentais glisser vers la dépression. Si je ne faisais rien, je sombrerais dans une tristesse si profonde que rien ne pourrait m’en sortir.


Quatrième essai en mai 2018 : 2 embryons (10 cellules + 1 morula)

Une nouvelle fois, on m’a transféré deux embryons. Deux très beaux embryons. Un de 10 cellules et une morula. Morula ? Kézako ? C’est quand l’embryon compte tellement de cellules qu’il devient impossible de les compter ! Bref, un embryon qui se développe super bien !

Je dois l’avouer, cette nouvelle m’a redonné un infime brin d’espoir, une chose à laquelle me raccrocher pendant ces 12 longues journées qui me séparaient de la prise de sang. Même si, dans le même temps, je me préparais psychologiquement à entendre une mauvaise nouvelle et à tout mettre en stand-by pendant quelques temps.


4 juin 2018, c’est le jour de la prise de sang. Dans l’après-midi, mon téléphone sonne. Mon cœur bat à 1000 à l’heure, je tremble comme une feuille. J’ai déjà préparé ma boite de mouchoirs. Deux minutes plus tard, me voilà à nouveau en pleurs… mais cette fois, ce sont des larmes de joie. Je suis enceinte ! Je n’arrive pas à y croire, je ne réalise pas…


Après toutes ces années d'attente et ces mois passés à suivre les protocoles de PMA, après tous ces échecs, je n’y croyais plus. Jamais de mon existence je n’avais connu de peine aussi indicible et voilà qu’un simple coup de fil vient remettre du soleil dans ma vie.


Neuf jours plus tard, le 13 juin 2018. Je me lève. Oups... une petite tache de sang. J’avais lu que cela pouvait être dû à la nidation ou aux « règles anniversaires ». Malgré tout, je ne suis pas tranquille, je vais aux urgences pour faire un contrôle. Ouf, tout va bien... Un léger décollement, mais rien d’alarmant. L'échographie est bonne, même s’il est encore trop tôt pour voir/entendre quoi que ce soit.


Six jours plus tard, le 19 juin 2018... Le réveil sonne. Allez, hop ! Je file m’apprêter pour aller travailler. Au moment d’enfiler mon pantalon, je me dis « Tiens... qu’est-ce que je sens couler ? » et je fonce à la toilette pour vérifier.


QUOI ? NON ! NON ! NON ! Ce n'est pas possible ! Pas à moi ! Pas après tout ce que j’ai traversé pour en arriver là. Non ! Non ! Je ne peux pas être en train de me vider (littéralement !) de mon sang. Je ne peux pas être en train de perdre mon bébé. Non, non, non, ce n'est pas possible, je ne peux pas y croire, je ne VEUX pas y croire !


Je téléphone à mon mari, à ma sœur, à mes parents, … personne ne répond. Je prends ma voiture, je fonce à l’hôpital. Dans la voiture, j’arrive à joindre mon mari. Il me rejoint sur place.

Urgences. Prise de sang. Échographie. Résultats…


« Comment ça mon bébé va bien ? Mon bébé est encore là ? Vous en êtes sûrs ? J’ai perdu tellement de sang (ca. ½ litre en 1h), ça ne peut être qu’une fausse-couche, vous vous trompez sûrement, non ? »


Et bien non, ils ne se trompaient pas. C’était le décollement qui s’était aggravé. Bébé ne tient plus qu’à un fil, mais il est encore bien là. Un seul mot d'ordre pour l’aider à se raccrocher et faire en sorte que tout se recolle : repos, repos, repos ! Six longues semaines à ne rien faire d’autre que rester allongée. Je n’ai le droit de me lever que pour faire mes besoins et me laver. Heureusement, j'ai un mari en or qui m’a beaucoup aidée.


J’en profite pour faire passer ce message à toutes les futures mamans : en cas de perte une perte de sang, quelle que soit son importance, surtout n’abandonnez pas la bataille, tout n’est peut-être pas perdu ! J’ai perdu du sang en continu pendant près d’une heure avant que ça ne se calme et pourtant, mon bébé était toujours bien là ! Foncez aux urgences pour vous faire examiner et trouver l’origine du saignement.


Cet épisode a marqué le début de ma grossesse chaotique.


À 26 semaines de grossesse (mi-novembre), je me suis réveillée au milieu de la nuit avec des crampes à l’estomac. J’ai pensé que j’avais trop mangé, car la veille nous avions fêté l’anniversaire de ma filleule. Apéro, spaghetti, dessert… j’avais peut-être un peu abusé.


Au moment de m’apprêter pour partir travailler, ma sœur me téléphone. Je lui explique que j’ai mal au ventre et elle me dit « Tu es enceinte, si tu as mal au ventre, va quand même chez le médecin. Il vaut mieux contrôler pour rien que de passer à côté de quelque chose ». J’ai appelé le secrétariat de gynécologie de l’hôpital pour savoir quoi faire et ils m’ont envoyée faire un monitoring.


Pendant le monitoring, ma gynécologue a déboulé dans le local toute affolée. J’avais de très grosses contractions toutes les 3 minutes ! Je comprenais mieux mes maux de ventre, du coup… Elle m’a arrêtée pour 10 jours et m’a prescrit des médicaments aux effets secondaires pas super folichons.


Moins d’une semaine après avoir repris le travail, j’avais une visite de contrôle de prévue pendant mon heure de table. Je suis partie du bureau en laissant mon ordinateur allumé et en disant à mes collègues « J’ai un rendez-vous, je reviens après. À tantôt ! »… et je ne suis jamais revenue. Mon col s’était fort raccourci en peu de temps, mon ventre était dur comme de la brique… Ma gynécologue m’a renvoyée faire un monitoring et il s’est avéré que mes contractions n’avaient pas cessé. Je suis restée hospitalisée pendant 5 jours, puis je suis rentrée chez moi, mais je n’ai pas pu reprendre le travail.


Mon accouchement était prévu pour le 11 février 2019. Le repos a été bénéfique, puisque le 31 janvier 2019, je n’avais toujours pas accouché alors que j’avais une menace d’accouchement prématuré qui me pendait au-dessus de la tête depuis le mois de novembre.


Le 31 janvier donc, ma maman me téléphone vers midi comme tous les jours, pour vérifier que je n’ai pas accouché depuis la veille. Le même jour, à 15h, j’ai rendez-vous, comme toutes les semaines, pour un monitoring de contrôle. Pendant le monitoring, l’infirmière s’affole et vient replacer le capteur. Je vois dans ses yeux que quelque chose ne va pas. Elle appelle ma gynécologue et lui demande de venir d’urgence en salle de monitoring. Le cœur de mon bébé ne battait presque plus. Elle laisse tous ses patients en plan et en moins de 5 minutes, je me retrouve sur un brancard pour une césarienne en urgence. J’ai à peine eu le temps de téléphoner à mon mari pour lui dire de venir avec les valises !


Je suis dans tous mes états, j’ai peur de perdre mon bébé. Encore. Si près du but… Je suis là, sans mon mari, dans cette salle d’opération, angoissée comme jamais. La boule au ventre. L’impression que ma vie se joue à cet instant. Et soudain j’entends un cri, mon bébé est là, sorti de mon bidou, bien en vie.


En fait, elle avait le cordon en écharpe. Et à chaque contraction, le cordon se tendait et coupait son alimentation en oxygène. C’est pour cela que son cœur ne battait presque plus.


J’ai mis des mois à me remettre de ce non-accouchement. Malgré toutes les difficultés, ma grossesse a été la plus belle période de toute ma vie. J’étais heureuse d’être enceinte, de savoir que j’allais bientôt avoir rendez-vous avec l’amour de toute ma vie. Et je n’ai pas eu le temps de dire au revoir à ma grossesse, à mon ventre de femme enceinte, pas eu le temps de me dire « ça y est, c’est le grand moment, mon bébé va arriver ». On m’a tout pris d’un coup. J’avais rendez-vous à l’hôpital à 15h et deux heures plus tard, j’avais mon bébé dans les bras. Ça a été tellement vite et tellement angoissant…


* Juste pour l’anecdote : vous imaginez la tête de ma maman quand je lui ai annoncé que sa petite-fille était née à 17h30 alors que je l’avais eue au téléphone à midi et que tout allait bien. La surprise était totale !


Mon bébé. Ma fille. Elle a aujourd’hui presque 22 mois et elle est en pleine forme. Je l’aime d’amour. Elle est merveilleuse."



Merci à Ingrid d'avoir accepté de partager avec nous son témoignage et quel bonheur de lire qu'elle est l'heureuse maman d'une petite fille.

Vous n'êtes pas seul.e! Je vous souhaite de tout mon cœur que votre bébé miracle s'installe bientôt!

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