• Charlotte Koot

Témoignage de Caroline

Je vous propose aujourd'hui le témoignage de Caroline, qui a traversé un parcours difficile pour tomber enceinte de son premier enfant, suivi d'un beau miracle quelques années plus tard.



"Tout commence en 2013. Je suis en dernière année d'études en soins infirmiers et souffre de saignements en continu depuis plusieurs semaines. Je me rends donc chez une gynécologue. Celle-ci constate un hématomètre, une boule de sang dans l'utérus. Elle prend alors la décision de me faire un curetage à vif. Je vous passe les détails du moment désagréable et douloureux que je vis. Elle m'explique qu'il s'agit soit de varices utérines (qu'elle ne voit pas), soit de rapports sexuels violents (ce qui n'est pas le cas), soit d'une fausse couche. La gynécologue me prescrit une nouvelle pilule mieux adaptée à mon profil. Je rentre ensuite chez moi à pieds, puis en tram, les jambes tremblantes de douleurs et le cœur alourdi.

La vie suit son cours, en supportant toujours des règles douloureuses, comme c'est le cas depuis toujours. Ma maman devait d'ailleurs souvent venir me rechercher à l'école, ce qu'elle ne comprenait pas, car elle n'avait jamais vécu ça.


Quelques années plus tard, toujours avec le même compagnon depuis 9 ans et installés, nous décidons de nous lancer dans l'aventure "bébé"! Rapidement, je consulte mon médecin généraliste, et nous nous rendons compte que je prends mal ma pilule depuis 2 ans (je faisais un arrêt de 7 jours entre 2 plaquettes, alors qu'il s'agissait d'une pilule en continu, merci pour les informations !). Celle-ci s'étonne d'ailleurs que je ne sois pas tombée enceinte entre temps.


Je me rends également chez une nouvelle gynécologue (nous avons quitté Bruxelles pour les Ardennes), pour lui parler de nos projets, et voir si tout se passe bien pour commencer ce "projet bébé". A nouveau, elle constate un hématomètre (boule de sang dans l'utérus). Elle me dit qu'on va attendre 6 mois, refaire une échographie, et voir s'il est toujours là. Mais cet hématomètre était déjà là il y a 2 ans !


Je décide donc de changer de gynécologue, que je vois environ 1 mois plus tard. Même topo. Lui décidé d'aller percer l'hématomètre et de l'aspirer, toujours à vif (je passe les détails agréables). Il me refixe un rendez-vous plus tard, et prévoit une "petite radio" s'il est toujours là.

Il me dit également voir une lésion d'endométriose sur l'ovaire gauche.


Me voilà donc nue en blouse d'hôpital sur une table en inox pour une hystéro-salpingographie avec le radiologue, l'infirmière, le gynécologue et l'assistant. Celui-ci me dit de me détendre, désinfecte le col de l'utérus et l'examen commence. Il s'agit d'injecter du produit de contraste à haute pression par voie vaginale, qui va passer dans l'utérus et les trompes de Fallope, pour évaluer leur fonctionnalité. N'étant pas prévenue (je m'attends à une "petite radio"), je découvre les douleurs d'accouchement à son paroxysme (sans bébé à la clé). Pas de bol, les trompes sont complètement bouchées, et il faut recommencer 3 fois la manœuvre. Je me retrouve à supplier mon gynéco pour que ça s'arrête... Une fois tout le monde parti, reste le radiologue. Je lui dit que j'ai envie de pleurer. « Vous pouvez », me répond-t'il. Et je fonds en larme, seule sur cette table d'examen. Nous sommes alors à 8 mois d'essais. L'endométriose est confirmée, avec un ovaire gauche doublé de volume. Je n’avais donc pas fait une fausse couche quelques années auparavant. Il s’agissait déjà d’un symptôme.


Viennent ensuite l'IRM et le scanner pelvien, puis le lavement baryté (à nouveau, je passe les détails de ce moment de nudité, à serrer les fesses, et cette impression de la pire gastroentérite de l'univers!) qui montrent des lésions profondes et importantes. Mon gynécologue me renvoie alors vers un professeur spécialisé à Saint-Luc à Bruxelles, lui étant inapte à opérer des lésions aussi profondes.


Je crains la stomie (poche pour récolter les selles) car on va m'amputer d'un morceau d'intestin, entre autres. On ne dit pas non plus si mon ovaire gauche va pouvoir être préserver. D’autres morceaux d’organes vont également être amputés.

A chaque rendez-vous se déroule le toucher vaginal pour parler ce fameux ovaire, en me demandant si c'est douloureux. Oui, ça l'est, il est toujours là, il n'y a pas de raison que ça change ! Je ne supporte plus tout ça, je refuse le frottis de col, je ne veux plus qu'on me touche.

Tout ça touche à ma féminité, mon intimité, ma maternité.

Et tant qu'il n'y a pas d'opération, l'endométriose et les douleurs associées évoluent. Je lisais une phrase publiée par Charlotte, qui disait que chaque cycle nous rapproche d’une grossesse. Dans le cas de l’endométriose, chaque cycle nous en éloigne. Car la maladie évolue en même temps que les chances de tomber enceinte diminuent.


Vient enfin le "grand jour". L'opération dure 4h au lieu de 2. Il y avait des lésions à 5 endroits : ovaire, colon, anus, péritoine, vessie.


Je dois quitter ma chambre le lendemain, mais j'ai de légères complications, qui ne sont pas transmises ni entendues par l'infirmière (je ne juge pas, je le suis moi-même. Mais je connais parfois le manque d'écoute et d'empathie créés par la surcharge de travail).

Mon compagnon doit alors passer un spermogramme, pour évaluer "l'état de la situation » de son côté. J'en ai enfin terminé de mes examens médicaux, que cela commence chez lui.

Me voilà seule alitée à la maison, mon compagnon a dû retourner au boulot. Deux semaines après, je reçois la première injection pour provoquer une ménopause chimique. Il n'est pas question d'être réglée et de risquer de nouvelles lésions d'endométriose.


Lorsque l'on désire un bébé depuis de longs mois, se savoir ménopausée n'est pas une étape facile émotionnellement.


Je reste alitée 2 mois, et reçois 2 nouvelles injections par la suite. Entre temps les résultats du spermogramme tombent, ils ne sont pas bons. Rendez-vous alors pour une échographie et auprès d'un urologue.

Mon compagnon a des varicocèles (varices à l'intérieur des testicules, qui empêchent une bonne spermatogenèse). Généralement, cela se manifeste d'un seul côté. Pas de bol, il y en a des deux côtés. Il faudra opérer dans 1 mois, et une seconde opération 1 mois plus tard.


Tout cela est désespérant, un combat en entraîne un autre. Mais nous ne lâchons rien.

Au cours de tout ce tourment, je reçois un appel de ma maman. Elle m'annonce que son cancer du sein est revenu. Nous allons devoir lui enlever le sein. il faudra également évaluer si celui-ci est génétique, et si c'est le cas, je devrai passer les tests.


Sachant à peine marcher suite à mon opération, je me rends à l'hôpital et découvre ma maman au retour de son opération.


Le soir même, je fais un crochet par l’hôpital voisin pour rendre visite à un couple d’amis proche, dont le bébé vient de naître. Nous sommes dans cette tranche d’âge où les grossesses pleuvent autour de nous. Malgré tout, je suis heureuse pour eux. C’est un petit rayon de soleil au milieu de notre tempête.


Le lendemain, c'est mon compagnon que l'on endort. Tout cela est trop à supporter émotionnellement. Comment vais-je tenir le coup ?


Le mois passe, ma maman se remet tout doucement. Le cancer est hormonal. Mon compagnon subit sa deuxième opération.


Et je retourne au travail (je passe sur le harcèlement moral d'un collègue qui appuie là où ça fait mal au quotidien...). Et nous attendons que tout le monde se remette, et, enfin le retour des règles pour envisager la PMA.


Les nouveaux examens sont effectués : spermogramme, analyses d'urines, prises de sang, ... Enfin, les règles arrivent, c'est la première fois que je suis heureuse de les voir!

Mais là, c'est le drame... Mon compagnon me dit ne plus vouloir d'enfant avec moi... Je m'écroule et fond en larme. J'en discute avec une collègue psychologue, il y a sans doute une grande part de surcharge émotionnelle là-dedans. On laisse passer le mois, et cette fois, c'est la bonne.

Commence alors le traitement pour l'insémination artificielle. Clomid, échos, prise de sang, écho, prise de sang, écho, prise de sang. Et enfin, l'appel. Je peux faire l'injection de Pregnyl le soir-même, et venir le lendemain ! J'appelle le travail et préviens de mon absence.


Le lendemain, "nous" devons faire d'un dépôt de sperme, puis attendre à l'hôpital qu'on rappelle. Deux heures plus tard, nous pouvons remonter. Nous enfilons les sur-chaussures, sur-blouse et charlotte, et me rends fesses nues sur la table gynécologique. Nous attendons 3 gynécologues différents. Enfin, en voilà un ! L'insémination de passe bien. Je craignais tellement de nouvelles douleurs que j'avais pris un anti-douleur, mais ne ressens qu'une légère gêne. Nous prenons un instant pour nous remettre de nos émotions, puis rentrons à la maison. Je dors le reste de la journée, mon corps me dit que je peux relâcher la pression, qu'il n'y a plus qu'à attendre et espérer.


Une dizaine de jours plus tard, je demande à une collègue de me faire une prise de sang. Et... Miracle !! Un joli petit positif !! 3 jours plus tard, le résultat a doublé ! Ça y est ! La chance a tourné !


S'ensuit une très belle grossesse et une magnifique petite fille de 3 ans aujourd'hui...


Près de 3 ans après, nous décidons de retenter l'aventure. Connaissant nos problèmes respectifs, nous décidons avec mon gynécologue de "couper la poire en 2", à savoir la stimulation. Il s'agit donc du traitement et du suivi de la PMA, mais en tentant "un bébé couette". Nous nous laissons 3 mois, sachant que chaque cycle ré-enclenche et aggrave l'endométriose.

Nous sentons une énorme épée au-dessus de la tête. Sachant aussi le risque qu'on n'y arrive plus.


Après le rdv du troisième mois, je reçois les nouvelles prescriptions pour les nouveaux examens en vue des inséminations. Mais... A la fin de ce cycle, une merveilleuse surprise nous attend. 5 tests de grossesse positifs et 2 taux de hcg qui crèvent le plafond ! Il y avait un risque de triplés. La joie n'est donc qu'à demi-mesure, et attendons la première écho impatiemment pour pouvoir nous réjouir. Merveilleuse nouvelle, un seul petit embryon s'est accroché. Nous avons donc bien fait de prendre le risque... !


Je suis maintenant enceinte de 4 mois d'un petit garçon... !!


Ce début de grossesse a été particulier. Avec des difficultés à me sentir enceinte malgré des symptômes décuplés, à réellement m'investir émotionnellement. Peut-être était-ce dû au confinement, et de ne pas pouvoir jouer le jeu et de garder ce merveilleux secret aux proches ? Peut-être parce que cela a été trop "facile" ? Peut-être imaginais-je vivre les mêmes émotions que pour ma première grossesse ? Peut-être parce qu'ici je travaille alors que j'avais été écartée la première fois, et que la grossesse est mal acceptée par mes directrices ?


J'en suis maintenant complètement heureuse et comblée, et me réjouis de serrer ce petit homme dans mes bras, et le présenter à sa grande sœur qui l'aime déjà intensément."



Merci à Caroline d'avoir accepté de partager avec nous son témoignage et quel bonheur de lire qu'elle est maman d'une petite fille et qu'un petit garçon viendra bientôt agrandir la famille!


Si vous aussi vous souhaitez partager votre parcours, n'hésitez pas à me contacter via la rubrique contact.

Je vous souhaite de tout mon cœur que votre bébé miracle s'installe bientôt!

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