• Charlotte Koot

Témoignage de Céline

Céline nous partage son parcours solo en PMA. Elle a eu recours aux inséminations, aux FIV puis à nouveau aux inséminations pour être aujourd'hui l'heureuse maman d'une petite fille.



"Mon histoire est à la base assez banale : une femme avec un désir profond d'être mère. Ce désir je l'ai toujours eu et ma vie aurait été incomplète sans enfant. Malheureusement, la vie ne m'a pas donné la chance de rencontrer le partenaire qui était prêt à prendre ce chemin avec moi et il était hors de question de faire un enfant dans le dos d'un homme ou avec un gars d'un soir.


A 30 ans, les médecins ont suspecté chez moi un cancer du sein. Heureusement, ce que j'avais était une forme rare de tumeur qui s'avérait être bénigne. Mais les trois semaines d'angoisse que j'ai vécues mon fait prendre conscience que je n'avais pas toute la vie devant moi. C'était décidé, à mes 35ans si je n'ai pas trouvé le père de mon enfant, je le ferai seule.


En Belgique, nous avons cette chance de pouvoir concevoir un enfant seule avec donneur, il était donc hors de question de passer à côté de cette opportunité et d'un jour me retourner en me disant « j'aurais pu et je ne l'ai pas fait ».


La PMA a rythmé ma vie pendant 6ans. C'est un parcours difficile qui demande de la force et du courage mais ma détermination à être mère a toujours pris le dessus.


Les entretiens psy n'ont pas été faciles, il faut déballer sa vie à une inconnue qui va juger si vous êtes aptes à être mère. Ensuite, il faut subir tous les examens gynécologiques qui vous assureront que vous êtes capables de porter la vie. Là les premières embûches ont commencé.


J'avais un fibrome intra utérin et des fibromes extra utérins. Le premier m'empêchait de tomber enceinte, il fallait donc subir une première opération afin de régler ce problème.


Heureusement, j'ai pu assez vite entamer le premier essai par insémination sans aide médicale. Il y a eu un début de grossesse mais j'ai vécu ce qu'on appelle une grossesse biochimique, c'est-à-dire la perte de l'embryon très tôt dans le développement embryonnaire mais vu que lorsque l'on est en PMA, tout est suivi, on sait que l'on perd un bébé alors que d'autres auraient juste pensé à un retard de règles. Bien sûr, j'ai été triste mais comme j'entendais beaucoup me dire que je ne devais pas espérer tomber enceinte la première fois, je m'y suis remise tout de suite.


Malheureusement, le deuxième essai n'a pas été concluant non plus. Obstinée, je ne perds pas courage et entame la troisième et dernière insémination avant d'être aidée par des médicaments. Troisième échec. Les médecins manquent parfois de psychologie et lors des échographies, ils ont constaté que mon utérus était trop haut et trop grand. De plus les fibromes extra utérins avaient grossi à cause des hormones de la première « grossesse ».


Chaque visite était source d'angoisse et de douleur quand il s'agissait de trouver mes ovaires ou mes follicules. Pour eux, il fallait « optimaliser mon utérus » et enlever les fibromes. J'ai donc subi une césarienne...quelle ironie pour une femme qui a ce désir d'enfanter. On m'a ouvert le ventre pour n'en sortir aucun bébé. J'ai du attendre 1an que mon corps se remette de cette intervention.


Entretemps, j'avais décidé de changer d'hôpital car là où on m'avait conseillé d'aller, je ne me sentais pas écoutée, épaulée ou rassurée. Je pleurais après chaque contrôle car tout était compliqué à visualiser chez moi. Ce qu'on ressent dans ces moments là c'est de l'impuissance et le sentiment qu'on n'y arrivera jamais. Les grossesses annoncées dans mon entourage étaient un coup de poignard qu'on enfonçait à chaque fois de plus en plus profond dans mon cœur. J'en crevais de douleur et de jalousie. Je ne me réjouissais pas pour la future maman.


Dans le deuxième hôpital, je me suis très vite sentie bien. L'équipe était attentive et prenait son temps et pour moi il en fallait car les 5 minutes (chronométrées) de visite dans l'autre service ne suffisaient jamais pour pouvoir établir un protocole clair.


La PMA c'est un parcours qu'on ne fait pas à un ou à deux mais à plusieurs : avec les médecins, les infirmières et même les secrétaires qui finissent par reconnaître votre visage car vous vous présentez pour la énième fois à leur comptoir pour une écho, une prise de sang ou pour le jour tant attendu de l'insémination. Mon corps n'écoutait ni ma tête ni mon cœur. Il refusait de me donner ce que je désirais le plus au monde.


Le nombre d'inséminations prévu dans le protocole ayant été dépassé, j'ai du entamer les fécondations in vitro. Les problèmes ne se sont pas arrêtés pour moi. Mon utérus était toujours aussi haut et mes ovaires difficilement accessibles, il fallait donc m'endormir complètement pour ponctionner mes ovocytes par le ventre. Le risque est grand dans ce genre d'intervention et en plus on ponctionne moins de follicules. Les traitements sont lourds, douloureux et l'intervention vous achève. Même s'ils n'étaient pas tous ponctionnés, les ovocytes restants étaient toujours fécondés. Mais pour une raison inexplicable, ils étaient tops à jour trois mais à jour 5 du transfert, ils étaient faiblards. Ils ont malgré tout tenté une première fois le transfert de deux embryons.


La deuxième fois, j'avais trois petits embryons mais le jour J, la biologiste est rentrée dans ma chambre pour m'annoncer qu'aucun n'avait tenu le coup. J'étais en blouse d'opérée avec la charlotte sur la tête, prête à accueillir mes poussins quand elle m'a invitée à rentrer chez moi 'bredouille'. Bêtement, j'ai demandé pourquoi ça ne marchait pas, froidement, elle m'a répondu « vos ovules sont trop vieux ». C'est le coup de massue, c'est la première fois que j'entendais parler de grossesse gériatrique, à 38ans ! Et là, il faut se rhabiller, reprendre le volant et retourner à la maison à une heure de route. Je pense que j'ai effacé de ma mémoire la douleur que ma peine me provoquait à chaque fois. C'était physique ça me prenait aux tripes et me lançait jusqu'au bout des doigts !


Et à ça il faut rajouter les « lâche prise, n'y pense plus, ça viendra quand tu n'y penseras pas ». Comment ne pas y penser quand à jour 3 tu as une prise de sang, à jour 5 tu dois te piquer à la même heure pendant plusieurs jours, que tu dois faire des échos quelques jours de suite, que tu dois encore te piquer pour provoquer l'ovulation à une heure précise de la nuit... comment ne pas penser à ce qu'on désire le plus au monde et qui ne vient pas avec la même facilité que certains ! J'étais en colère contre tous ces biens pensants qui n'avaient aucune idée de ce que je traversais ! J'étais aussi en colère contre moi qui n'étais pas capable de tomber enceinte !


J'ai fait en tout 4 tentatives de FIV. Après chaque ponction, quand je quittais l'hôpital, j'avais l'impression d'abandonner mes « enfants ». Je me sentais déjà mère bizarrement.


Après le dernier échec de FIV, je suis retournée voir un des médecins de la PMA pour faire le point. Il ne voulait plus faire ces interventions car c'était trop risqué et que je souffrais trop. En effet, je me souviens que sur un weekend j'ai pris 6kilos. Je me voyais gonfler, c'était de la rétention d'eau provoquée par les traitements lourds. Je ne savais plus marcher, j'avais du mal à respirer, j'avais mal partout. Bref, je me suis sentie abandonnée, mon rêve s'écroulait ...jusqu'à ce que ce même médecin me dise « mais on veut que vous ayez votre bébé, on va repasser aux inséminations ». Ça a été le soulagement. Plus de souffrance et l'espoir de tomber enceinte de manière plus naturelle. Alors que je n'avais jamais cru à des médecines plus naturelles, je me suis décidée à faire des séances de reiki et d'acupuncture. Mon esprit était maître de mon corps, et c'était lui que je devais soigner mais ça, je ne l'avais pas compris avant ! Le reiki m'a apporté énormément d'apaisement et de sérénité. L'acupuncture a été une expérience un peu moins relaxante mais je restais persuadée que ça ne pouvait pas me faire de mal.


Ma deuxième insémination après cette annonce a été la bonne. Même si le début de grossesse a été très chaotique (je ne savais pas que j'avais deux embryons qui s'étaient accrochés et que j'en perdais un), cette grossesse a été merveilleuse et magnifique. Je ne réalisais pas que ce petit être qui grandissait en moi était mon bébé.


A la naissance, je la regardais et je n'arrivais toujours pas à me dire que c'était ma fille. Tout ce parcours, toutes ces années, toute cette douleur... effacés ! Ça y est elle est là, c'était comme une évidence !!


Mes six années m'ont appris la persévérance et le courage. Comme chaque femme qui a ce désir de tomber enceinte, l'arrivée de mes règles était à chaque fois la fin d'un espoir. J'essayais de rester forte après chaque coup de fil de l'hôpital qui m'annonçait toujours avec la même voix pleine de compassion « désolée madame mais vous n'êtes pas enceinte ».


Plusieurs fois, j'ai été cherché un vêtement ou un doudou après une tentative en étant persuadée que cette fois-là c'était la bonne. J'ai souvent pleuré seule dans mon coin même hurlé de tristesse et d'injustice en me disant que je n'y arriverais jamais. C'était pour moi une douleur indescriptible accompagnée d'un sentiment de grand vide. Je finissais par me persuader que ce ventre ne serait jamais capable de donner la vie. Certaines personnes de mon entourage me décourageaient même et me disaient d'abandonner et de penser à ma santé. Jamais de la vie !! Tant qu'on ne me disait pas que je n'étais pas capable d'avoir un enfant je ne baisserais pas les bras ! Ces mêmes personnes saluent encore aujourd'hui mon obstination et me disent que j'ai bien fait d'aller jusqu'au bout.


J'ai longtemps eu la nostalgie du service PMA après la naissance de ma fille. Ils ont tellement fait partie de ma vie, ils ont partagé mes peines et mes espoirs, ils ont été là à mes côtés sur cette route difficile qu'est la procréation médicalement assistée. Sur le faire part de ma fille j'avais décidé de mettre en première page « l'obstination est le chemin de la réussite » car sans celle-ci je ne serais pas la plus heureuse des femmes. Je me sens enfin complète. Et j'ai envie de dire à toutes ces femmes qui traversent la même chose, les mêmes désillusions, les mêmes déceptions, accrochez-vous. « Avec de l'amour et de la persévérance, il ne faut désespérer de rien »."


Merci à Céline d'avoir accepté de partager avec nous son témoignage et quel bonheur de lire qu'elle est l'heureuse maman d'une petite fille.

Vous n'êtes pas seul.e! Je vous souhaite de tout mon cœur que votre bébé miracle s'installe bientôt!

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Si vous aussi vous souhaitez partager votre parcours, n'hésitez pas à me contacter via la rubrique contact.

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